JULIANNE MOORE : L’INTERVIEW FIRSTLUXE

Radieuse, solaire, magnétique, depuis presque deux décennies cette rousse actrice collectionne les adjectifs tout comme les awards. Julianne, c’est la grâce et le talent combinés. Une de ces stars qu’on ne se lasse pas d’admirer. C’est à Toronto, dans les fastes du Trump Hotel que notre quinqua nous a accueilli. Inutile de préciser que nous étions sous le charme de la Moore !

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Grâce à l’excellent « Map of the stars », vous avez décroché récemment le Prix d’interprétation féminine au dernier festival de Cannes. Avec le recul, être « Palmée » qu’est-ce que ça vous a fait et surtout est-ce que vous vous y attendiez ?
Je ne m’y attendais pas du tout mais alors vraiment pas ! J’avais passé toute la semaine à Cannes pour L’Oréal. Je devais parallèlement à cette campagne présenter deux films sur la Croisette « Map of the stars » et répondre aux questions aux journalistes très curieux concernant ma participation au prochain « Hunger Games ». Au bout de sept jours, j’étais totalement exténuée. Il fallait que je me pose un peu. Du coup, avec mon mari, nous sommes restés un jour de plus en Cannes. Histoire de décompresser un peu, nous sommes allés déjeuner et voir le film des frères Dardennes. Un régal. Tant à table que dans la salle de cinéma. Nous sommes rentrés ensuite aux États-Unis. C’était le week-end de Memorial Day. Nous étions réunis dans notre maison du bord de mer avec les enfants quand le téléphone a sonné. J’étais en train de vider, nettoyer et ranger notre remise quand j’ai entendu la sonnerie. J’ai décroché le combiné avec mes gants en caoutchouc. Le nez plein de poussière. Au bout du fil c’était Bruce Wagner qui m’annonçait qu’il venait d’accepter la Palme en mon nom. Ça m’a sciée ! C’était la dernière chose à laquelle je m’attendais. Ça m’a beaucoup touchée. Vraiment. Puis je suis repartie faire mon grand nettoyage !

A un moment dans « Map of the stars », votre personnage qui est actrice embauche une assistante. J’imagine que vous avez vous même une personne pour vous aider et du coup, je me demandais quelle patronne étiez vous ?
(rires) En effet, j’ai une assistante qui fait « double emploi » puisqu’elle officie aussi à la maison en qualité de baby-sitter. Elle est absolument adorable. Cela doit faire huit ou neuf ans qu’elle travaille pour nous. Au départ, c’était la nanny des enfants, mais comme elle est très intelligente et très compétente, je lui ai donné une promo ! (rires) Je pense, ou en tout cas j’aimerais penser, que je suis une patronne assez relax. Ce qui est certain c’est que je ne suis pas Havana Segrand. Comme la plupart des femmes qui travaillent, j’ai besoin de quelqu’un pour coordonner les choses à la maison avec les enfants. C’est surtout pour ça que j’ai besoin d’une assistante. Si elle n’était pas là, je crois que ma maison deviendrait très vite un champ de ruine !

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A quel âge êtes-vous tombée dans le chaudron du Septième Art ?
Sur le tard. Mon père était un juge militaire dans l’armée américaine. A cause de sa fonction, nous avons pas mal bourlingués ma sœur et mon frère. Il nous était, par conséquent, difficile de nous attacher aux gens et aux lieux car à chaque fois que nous sympathisions avec des petits camarades nous devions replier bagages. A la longue, j’ai commencé à devenir assez solitaire. A m’isoler. Au fil du temps, mes meilleurs amis sont devenus non plus des êtres de chair et de sang mais des personnages imaginaires, fictifs, que je découvrais dans des livres.

La première chose que je visitais d’ailleurs en arrivant dans une nouvelle ville, c’était la bibliothèque. A l’âge de douze-treize ans, j’avais lu tout les grands classiques de la littérature. Il ne me manquait plus qu’à passer à l’acte. A incarner moi-même les personnages que j’avais tant adoré au fil des pages ! C’est que je fis à quinze ans, lorsqu’on me proposa de jouer au théâtre « La Belle au bois dormant ». Une révélation. Au grand désarroi de mon père qui espérait que je devienne avocate !

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Vous êtes toujours été époustouflante sur les tapis rouges. Qu’est ce que vous faites pour rester en forme ?
Quand je tourne dans un film, j’essaie de manger équilibré. Le New York Times vient d’ailleurs de sortir une étude à ce sujet. D’après les scientifiques et autres diététiciens, les féculents sont les aliments qui posent le plus de problèmes au niveau du poids. J’ai envie de leur dire que nous, les actrices, nous savons cela depuis bien longtemps !!! (rires). Ce n’est pas une découverte majeure pour nous ! Bref quand je suis en tournage, j’essaie de manger le plus de fruits et légumes possible, je reste très loin des pâtes et du pain, et généralement je fais des séances de cardio et de yoga. Quand je ne travaille pas, je ne vous cache pas que j’ai plus de mal à suivre cette discipline à la lettre (rires). Je sais néanmoins rester raisonnable !

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Vous avez également un don inné pour choisir de belles tenues. Cela vous vient d’où cette capacité à éviter les faux pas ? Idem pour le maquillage ou les coupes de cheveux, vous êtes toujours « nickel » ?
Nickel ? Pas sûr ! Je viens de passer deux mois de vacances, ce qui était absolument jouissif et pendant ce break mes cheveux étaient sans dessus dessous. Mieux, je n’ai pas mis de maquillage du tout – si ce n’est de la crème solaire – et j’ai du porter le même short tout l’été.

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Vous vous êtes sentie comme libérée des contraintes hollywoodiennes ?
Oui ! Mais mon côté « fille gâtée » est revenue très vite. Cela faisait longtemps que je n’avais pas fait d’essayages. Et puis ma styliste, Leslie Freemar, est venue avec tout un tas de vêtements merveilleux et là je me suis rendue compte que cela m’avait bien manqué.. J’ai toujours aimé la mode, mais je dois avouer que plus j’y ai accès, plus j’aime ça.

Mais en y regardant bien, vous avez plus une propension à aller vers le « casual ». En clair, vous êtes plus « soccer mum » que « star-glamour » ?
Il y a quelques années dans le « New York Post », des paparazzis m’ont pris en photos, au parc, avec mes enfants. J’avais les pieds dans le bac à sable, une main tenant la poussette et l’autre agrippant une poupée avec un bras ! Mon accoutrement ? Un short d’homme qui me faisait un derrière de mammouth. Quelques jours plus tard une copine m’appelle au téléphone. Ca donnait : « Julianne, tu ne peux pas sortir ainsi vêtue dans la rue ! Tu es une star ! ». J’ai répondu : « J’ai une garde robe pour les galas, les premières, les presse-conférences, mais tu ne penses tout de même pas que je vais me pointer comme ça au parc. Lorsque tu as des enfants, tout ce que tu mets le matin, a de grande chance d’être souillé avant midi ! » Alors au diable la coquetterie ! Vive le fonctionnel !

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Pouvez-vous nous parler un peu de votre garde-robe ? Votre dressing est-il plus grand ou plus petit que celui de Sarah Jessica Parker ? Et au niveau des chaussures, est-ce que vous croyez battre Imelda Marcos ?
Pour commencer, je n’ai jamais vu le dressing de Sarah Jessica Parker. (rires) Donc je ne sais pas si le mien est plus grand ou plus petit. J’ai un dressing de bonne taille dirons nous. Il n’a rien d’extravagant, mais c’est le meilleur, le plus beau, le plus spacieux des dressing que j’ai eu jusqu’à présent. En ce qui concerne les chaussures, je pense qu’Imelda Marcos me bat à plate couture. Combien de paire avait-elle déjà ?

7500 je crois ?
A oui, en effet, j’en suis très très loin. Par contre, j’ai une très grande collection de Birkenstock. (rires) Mon mari se demande toujours si un jour j’en aurais assez. J’ai tous leurs modèles en noir, en bleu marin, en blanc, en marron …

Est-ce que vous avez des pièces que vous aimez en particulier ? Par exemple est-ce que vous choisissez la robe en fonction des chaussures ou les chaussures en fonction de la robe ?
Je commence par la robe. Et ma pièce préférée est probablement la robe. Une très, très belle robe. Par exemple la robe Chanel que j’ai porté à Cannes pour le tapis rouge lors de la présentation de « Map of the Stars ». C’est une de ces tenues à laquelle je ne m’attendais pas. Je pensais avoir fait mon choix, et puis cette robe est arrivée, et j’ai été totalement conquise. C’était une des plus belle tenue que j’ai jamais vue. Elle était tellement légère et tellement bien coupée que j’avais l’impression de porter un t-shirt. En plus il y avait des plumes et entre nous….j’adore les plumes ! (rires)

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Hollywood ce sont les plumes donc, les paillettes, la gloire, le glam, mais c’est également les égos mal placés, le nombrilisme. Est-ce que c’est quelque chose auquel vous avez déjà été confrontée à titre personnel et qu’est-ce qui vous permet de ne pas ne pas avoir la grosse tête ?
Le plus dangereux dans ce métier, c’est l’isolement ! C’est se couper volontairement des réalités. Personnellement, j’adore mon métier, j’adore être une actrice, j’adore tourner dans des films. J’aime raconter des histoires à travers différents personnages. Mais ma vie ce n’est pas le cinéma, c’est de gagner ma croûte en faisant du cinéma. Ma vie c’est ma famille, mon mari, mes enfants, mon chien et notre « chez nous » ! (rires) Par exemple, en ce moment, je suis très heureuse, parce que mon fils vient de reprendre l’école et que sa petite copine n’a pas déménagé. Il était question en effet qu’elle s’en aille et cette perspective perturbait mon garçon ! (rires) Mais au final, elle est toujours-là. Ouf de soulagement. Ma fille vient d’intégrer un nouvel établissement scolaire. Elle est très heureuse, parfaitement épanouie. Quant à mon mari, le réalisateur Bart Freundlich, il travaille comme un fou. Tout roule donc. Freud dit qu’il faut d’un côté du travail et de l’amour et de l’autre quelque chose qui permette d’exprimer sa créativité, c’est comme ça que l’on trouve l’équilibre. Toutes les conditions sont réunies pour que je sois heureuse !

On raconte que vous seriez très accro à ces séminaires qui vous permettent de développer votre confiance, vos capacités personnelles ? En vous regardant pourtant vous donnez l’impression d’être une femme de caractère…
Quand j’ai déménagé à New York pour la première fois, je travaillais en tant que serveuse, dans un restaurant situé sur la 38e rue et la 2nde Avenue. A quelques rues de là; il y avait un colloque d’EST (Erhard Seminars Training) qui se déroulait. Toute l’équipe de Werner Erhard, venait déjeuner au restaurant. L’un des membres m’a dit un jour : « Tu devrais venir assister à un séminaire. Tu te sentirais beaucoup plus forte après ! ». Comme j’avais du temps à perdre et que j’étais curieuse, j’y suis allée. Et là, grosse déception. Leur façon de parler aux gens m’a vraiment contrariée, ainsi que leur manière de les sélectionner. Il fallait en plus payer un certain prix pour passer au niveau supérieur et puis ensuite remettre la main à la poche. C’était sans fin. Un vrai investissement financier. Tout cela s’adressait surtout à des gens qui avaient l’impression de ne pas avoir trouver leur voie. D’être perdu. Dans le groupe dans lequel je me trouvais, la seule personne qui a souhaité payer et aller jusqu’au bout du programme était la personne la plus discrète et la plus inhibée du lot. C’est quelque chose qui m’a mise très mal à l’aise, mais j’ai trouvé très intéressant d’observer cet environnement totalement contrôlé. Cela m’a surtout faite comprendre à quel point les gens pouvaient être désespérés et surtout à quel point il pouvait se faire intimider, manipuler sans broncher !

Vous avez donc appris à gérer le stress sans aide extérieure ?
J’ai la chance de ne pas avoir à dealer au quotidien avec la pression. Contrairement à d’autres personnalités, je n’ai pas l’impression d’être épiée constamment. La seule fois où les paparazzis se montre insistant avec moi, c’est à New York. Généralement, ils ont fâcheuse tendance à être là quand on le souhaite le moins ! (rires). A part ça, la plupart du temps, je vis une vie totalement normale dans la ville où j’habite. Je pense qu’en tant qu’acteur, il faut faire bien attention à bien compartimenter sa vie. D’un coté il y a le travail, ce qu’on veut faire, l’image que l’on vous donner de soit et le reste. Le fait de séparer les différents aspects de sa vie, permet de maintenir une certaine hygiène mentale et surtout de se vacciner contre ce qu’on appelle l’industrie de l’« entertainment ». Une industrie qui vise uniquement à vendre des journaux ou des magazines. Je pense qu’il faut être très clair avec soi même sur l’importance à donner aux choses.

Vous cultivez visiblement la discrétion. Que pensez vous des réseaux sociaux, Facebook, Twitter et compagnie ?
Je trouve cette culture d’internet fascinante mais d’un autre côté, je regarde cette avancée technologique ou de la communication avec une forme de distance ! Je me sens plus observatrice que consommatrice dans ce domaine.

Qu’est ce qui vous bloque ?
Je pense que les gens ont l’impression que l’internet évolue dans une sphère privée. Beaucoup d’internautes se disent devant l’ordi qu’ils entretiennent une relation intime avec ces réseaux sociaux mais il n’en est rien ! C’est un monde collectif dans lequel ils se livrent et s’engouffrent. Parfois se perdent. Un monde ou il n’y a plus aucun sens de la responsabilité personnelle.

Pendant un temps j’ai eu une page Facebook, par curiosité. Et puis je me suis rendue compte que je n’aimais pas ça. Ma fille n’a plus de compte Instagram. Nous lui avons fait fermer car nous avons estimé qu’elle était trop jeune pour ça. Je n’aime pas le concept du selfie. Je n’aime pas cette réflexion permanente de sa propre image. Je dois donc vous avouer que ce n’est pas une « culture », un « mode de vie » que j’ai pu appréhender totalement jusqu’à présent.

Qu’y a-t-il de pire selon vous pour une actrice. Redevenir une anonyme ou devenir une has-been ?
Vous savez les acteurs cherchent perpétuellement du boulot. C’est un métier où vous devez affronter l’exclusion, le rejet. Un métier où il faut bien comprendre que sous le tapis rouge, il y a le trottoir, le bitume ! Nous avons tous besoin de deux choses dans la vie, de l’amour et du travail. Quand quelqu’un vous donne du boulot et que du jour au lendemain ça s’arrête, et que vous n’avez aucun contrôle sur la question, c’est totalement dévastateur. Pour un acteur, le ressenti est encore pire ! Parce que notre sensibilité est exacerbée. A fleur de peau. Tout à coup, se pose la question de savoir pourquoi on ne trouve plus de travail ? On se met à douter ! A se poser tout un tas de questions ! Parfois, on devient parano !

Julianne Moore

Quand les femmes prennent de l’âge, elles traversent ce qu’on appelle la ménopause. Dans l’industrie du cinéma comme partout dans le monde, il y a une perception bien particulière de cette étape de la vie. Cela ne vous embarrasse de voir que les studios donnent de moins en moins de bons rôles aux femmes dites « mûres » ?
Vous savez, c’est très intéressant. Hier, j’étais en représentation pour L’Oréal, et par conséquent j’ai rencontré tout un tas de magazines de mode. Bien évidemment quand vous parlez à des magazines de mode, on vous pose toujours des questions beauté. Puis, il arrive à un moment où, inévitablement des questions à propos du vieillissement sont abordées. Tout le monde est obnubilé par l’âge, et j’en parlais justement avec mon professeur de yoga l’autre jour, il semblerait qu’aux Etats-Unis, quand on parle de l’âge on en parle toujours comme d’une perte. Ce qui n’est pas le cas en Europe…

Vous voulez en venir où ?
La question est toujours aux Etats Unis « Comment freiner le vieillissement » ou « Comment vieillir gracieusement ? ». Comme si c’était quelque chose de honteux de vieillir. Comme si c’était une maladie. Comme si les femmes qui atteignent un certain âge étaient des pestiférées ? Vous voulez que je vous fasse une confidence, de ma vie je n’ai jamais rencontré de femme qui m’ait dit « j’aimerais tellement avoir à nouveau 21 ans ». Personnellement, mon expérience avec le vieillissement, tourne plus autour d’une notion d’accumulation. Vous savez, vous commencez par l’enfance, puis l’adolescence, puis vous avez totalement hâte d’arriver à la vingtaine, puis tout à coup, vous êtes mariée, vous avez des enfants, et honnêtement, je n’avais jamais imaginé qu’avoir des enfants de 12 et 16 ans serait une expérience aussi fabuleuse. Donc il y a quelque chose de très positif dans cette accumulation. J’ai le sentiment que les femmes qui ont un problème avec le vieillissement, sont des femmes qui n’ont pas eu l’occasion d’accomplir leurs objectifs. Quand on accumule de l’expérience, et qu’on fait ce que l’on a envie de faire, alors on se sent cool. On se sent surtout prêtes pour la prochaine étape. C’est comme quand on a des enfants. Tout le monde adore les bébés, mais on ne s’imagine pas avec un nourrisson toute sa vie. Il y a un moment où on a qu’une envie, franchir un autre cap, évoluer. J’aimerais qu’on puisse parler de ça, valoriser cette accumulation d’expérience. D’autre part, je crois que notre plus grande peur liée au vieillissement est évidemment la peur de la mort, mais la mort elle peut arriver à tout moment. Il faut bien nous mettre dans la tête que c’est quelque chose sur laquelle nous ne pouvons exercer aucun contrôle. Et ce que vous soyez une star ou non ! (rires)

Propos recueillis par Frank ROUSSEAU, notre correspondant à Hollywood

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