La Puissance de l’art contemporain chinois

Pénétrer dans l’art contemporain chinois est un véritable casse-tête pour les non-initiés. Tout a commencé dans les années 90 lorsque quelques hommes d’affaires ont profité de leur voyage à Hong Kong, Pékin ou Shanghai pour “repérer quelques artistes”. C’est en fait un énorme soulèvement artistique qu’ils ont ressenti.

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Qiu Zhijie, Tattoo II © Courtesy Galerie LOFT, Paris Très créatif, cet artiste poète s’exprime notamment par la photographie en mettant en scène son propre corps. La calligraphie rouge qui couvre la bouche est réalisée non par une superposition de plans, mais par de la peinture rouge répandue sur son torse et sur le mur. C’est une image forte qui signifie “non, tu ne dois pas” : c’est le symbole de cette génération d’artistes qui tentent d’exister.
Qiu Zhijie, Tattoo II © Courtesy Galerie LOFT, Paris
Très créatif, cet artiste poète s’exprime notamment par la photographie en mettant en scène son propre corps. La calligraphie rouge qui couvre la bouche est réalisée non par une superposition de plans, mais par de la peinture rouge répandue sur son torse et sur le mur. C’est une image forte qui signifie “non, tu ne dois pas” : c’est le symbole de cette génération d’artistes qui tentent d’exister.

Si après la mort de Mao, quelques années ont été remplies d’optimisme et de foi dans l’avenir – on ne regardait pas en arrière sauf au début pour guérir les plaies de la Révolution Culturelle – les massacres de Tian’anmen en 1989 ont tout anéanti, faisant ressurgir les démons enfouis.

Des artistes comme Zeng Fanzhi, né en 1964, ou Sui Jainguo, né en 1956, sont marqués par la désespérance qu’ils teintent toutefois de cynisme et d’ironie.

Avec ses œuvres, Sui Jainguo a permis à la sculpture abstraite et conceptuelle d’être acceptée par les autorités chinoises. Sa Veste de Mao lui permet de recycler l’icône et de la statufier en une joyeuse irrévérence.

En 2002, son Dinosaure rouge made in China est un clin d’œil aux jouets en plastique du début de l’envolée économique chinoise.

Liu Zhengyong, triptyque Art Paris Art Fair
Liu Zhengyong, triptyque Art Paris Art Fair

Ils sont à l’opposé de leurs aînés comme Ai Weiwei ou Wang Guangyi, plus ouvertement contestataires et outrageants.

“Si aujourd’hui le marché explose, il faut continuer d’acheter, mais différemment et traîner dans les galeries” affirme Pierre Cornette de Saint Cyr.

“Par exemple, les artistes chinois qui viennent de l’univers de la bande dessinée comme Benjamin (Zhang-Bin). Né en 1974, il est considéré comme l’un des maîtres des nouveaux mangas chinois. Ces artistes d’un autre genre utilisent des crayons et des tablettes graphiques ainsi que des logiciels de retouches d’images pour créer de superbes dessins, des peintures, des sculptures…”

“La nouvelle étape, c’est l’art numérique” scandait le visionnaire Pierre Cornette de Saint Cyr depuis des années. Nous y sommes !

La collection de Monsieur et Madame D.

C’est à la fin des années 90, grâce à son ami commissaire-priseur Pierre Cornette de Saint Cyr, que Monsieur D. découvre l’art contemporain chinois. Ensemble, ils vont voir une exposition à la galerie LOFT du peintre Chen Wembo et pour l’homme d’affaires, le coup de foudre fut immédiat. Il repart avec un tableau de femme aux couleurs toniques sous le bras et retourne peu de temps après à la galerie de la rue des Beaux-Arts pour emporter un buste en bronze Veste de Mao de Sui Jianguo.

Quelques belles acquisitions plus tard chez le galeriste Enrico Navarra seront le début d’une collection prestigieuse : “Je ne pouvais plus m’arrêter” avoue le chaleureux homme d’affaires. Plus de deux-cents pièces de trente artistes qui comptent dans l’art contemporain chinois : “Il m’en manque deux ou trois, mais ils sont inaccessibles aujourd’hui, beaucoup trop chers”. The Last Supper de Zeng Fanzhi, ce tableau de grand format pastichant le thème de la Cène cher à Léonard de Vinci s’est vendu 23 millions de dollars il y a quelques mois à Hong Kong.

Loin d’être une accumulation d’achats, sa collection reflète un goût sûr, une envie de comprendre l’histoire et la créativité par des artistes qui ont connu Tian’anmen. “J’ai toujours acheté des œuvres de qualité, mais jamais je n’aurai pu prévoir une telle explosion financière en quelques années.”
Parmi les pièces les plus prestigieuses de sa collection, le sublime Zhang Xiaogang, la jeune fille au visage lisse semble interroger votre âme et détenir quelque mystérieux secret, “tout simplement beau” résume l’épouse du collectionneur.

Zhang Xiaogang, Huile sur toile
Zhang Xiaogang, Huile sur toile

Mais aussi Le Business man de Liu Wei acheté pour une bouchée de pain à un galeriste qui n’y croyait pas et qui flirte aujourd’hui avec le million d’euros…
D’autres trésors : une sublime huile sur toile de Liu Baomin, des sculptures de Zhan Wang, de Wang Kepin, de Yue Minjun et son sourire figé qu’il clone à l’infini, découvert par tous lors de l’exposition à la Fondation Cartier en 2013.

Wang Gongoxin, des épreuves chromatiques de Yang Yi, des peintures de Guo Hongwei, Wang Guangyi, Tang Zhigang, Zang Xiaogang et son incroyable série Bloodline, Qiu Zhaijie, Li Lihong, Sui Jianguo et ses célèbres dinosaures rouges (si copiés !…), Guo Wei et ses personnages en slip kangourou, Yang Shaobin et tant d’autres, sans oublier le Mao d’Anselm Kiefer qui depuis l’an 2000 a débuté une série ironique sur Mao en référence à son voyage à travers la Chine en 1993.

Une collection intelligente, cohérente, sensible dont on a pu découvrir cette année quelques pièces à Art Paris Art Fair.

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Dominique de Rabaudy Montoussin

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