Pierre Delavie à l’invisible, il est tenu

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Pierre Delavie

Exposition jusqu’au 25 juin 2016, Espace Jacques Villeglé, Saint-Gratien.

Exposition Dock des Alcools jusqu’au 25 juin 2016, Saint-Denis, vernissage le 2 juin 2016

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Le travail de Pierre Delavie qualifié par les InRocks – qui lui ont consacré leur une pour Lille 3000, de spécialiste international du mensonge urbain -, ne se dissocie pas d’une recherche sur l’instabilité du réel.

Instabilité racontée en un immeuble haussmannien littéralement ramolli avenue George V à Paris, le château de Versailles rendu à l’alignement strict de son architecture, ou, à Marseille, un Détournement de canebière, devenue l’œuvre phare de la Capitale Européenne de la Culture.

Du printemps à l’été 2014, il a commis un « Rapt architectural » sur la façade du Grand Palais avec Néo, une œuvre « de déconstruction », commentée ainsi : « le monde tel que nous le percevons n’est peut-être qu’une hypothèse. Le perturber permet d’ouvrir un champ expérimental de création et de s’affranchir d’une dépendance à l’égard de nos habitudes visuelles». Néo, découpée en 17 toiles très grand format a fait l’objet d’une vente aux enchères record menée sous la houlette de Maître Pierre Cornette de Saint Cyr au Palais d’Iéna.

Pour l’exposition Urbanalité, organisée par Christophe Girard, Paris, habituée à ses réalisations gigantesques a découvert ses tableaux. Mais aussi les transformations in situ des lieux qui l’accueillent.

L’espace Jacques Villeglé tout en poutres métalliques qui amènent des percées d’un monde à l’autre, lui a donné un nouvel élan de l’outdoor vers l’indoor : « cela s’inscrit dans une tentative que je désire englobante, holistique. Le déplacement topographique du spectateur dans l’exposition remet en question ses a priori familiers, créant une dynamique de la surprise ». Même démarche pour le Dock des Alcools à Saint-Denis, entrepôt désaffecté transformé en toile 3D apte à capter des représentations mentales inédites.

 

 

En fouillant dans les archives de Libération, on pourrait exhumer quelques articles sur un goupe des années 80, “Ecoute Maman” dont le Pierre Delavie musicien fut chanteur compositeur. On ne trouvera pas trace chez lui de cette pièce du puzzle. Occupé à arpenter les frontières de ses arrières- mondes, l’artiste est comme ces réfugiés que l’on garde dans les no man’s land des aéroports. Il est là sans y être, et si un pays l’accepte, aucun autre ne pourra le reprendre. Etre coincé dans l’espace de l’entre-deux a conduit ce marin d’on ne sait quel Gibraltar à se méfier des ports d’attache. Descendu sur la terre ferme, il a conçu le premier mur peint de la capitale, un gorille dévorant une montagne de petits suisses, manière d’apprivoiser les murs justement.

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Pour cette fois, celui de Beaubourg juste en face, dont il fera peut-être un jour couler les tuyaux. Assis en face de nous, sur la banquette assez raide de son chez lui, on découvre un jeune homme de 58 ans, à la silhouette souple dont l’apparence décontractée n’a rien de commun avec le conformisme des anticonformistes.

“Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait.”Mark Twain

“Je m’habille vintage par goût pour la décroissance. Je suis un peu comme Churchill, le secret de mon look ? Le style, jamais de style”. C’est à peine s’il confesse sa passion pour les espadrilles, objets aussi inadéquates à la ville que lui même.“

“J’ai délocalisé mon travail dans le sud et en Corse avec des pauses rendez-vous qui n’excèdent jamais plus de dix jours en capitale. J’apprécie de pouvoir en fin de journée attaquer le débroussaillage”. Ce besoin d’air, il l’a insufflé à son métier malgré l’atmosphère sclérosée et barricadée de l’art contemporain. Le nom de ses oeuvres, Seuils, Intérieurs menacés, dit sans fin son tropisme pour les marges. Parfois, les mots ne suffisent pas, ici ils tombent avant qu’on ait compris où l’on doit regarder. Depuis les rives silencieuses du Groenland réputée être la terre de personne ? En 1990, en voyageur inspiré, il y a sculpté une oeuvre monumentale à même la glace d’un iceberg, cri d’alarme militant sur les menaces qui pèsent autour de la biodiversité.

par Corinne Lellouche

http://firstluxe.com/magazines/hiver-2014/#page/166

“Undergreen”, Installation pérenne sculptures animalières monumentales (série limitée) Paris International Golf Club, val d’Oise © DR
“Undergreen”, Installation pérenne sculptures animalières monumentales
(série limitée)
Paris International Golf Club, val d’Oise © DR

 

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