Philippe Starck et Alain Ducasse : Deux visionnaires au Meurice

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« Le sens de l’hospitalité est le fondement même du Meurice et a toujours servi
le même dessein: faire vivre et partager son histoire, en restant fidèle à ses origines et en cultivant son identité », confie Franka Holtmann,
 Directeur Général de l’Hôtel Le Meurice, avant de poursuivre.. «  C’est dans cet esprit que nous avons à nouveau fait appel à Philippe Starck pour revisiter nos espaces imprégnés de surréalisme, ainsi qu’à Alain Ducasse dont la cuisine nourrit l’âme des lieux. Ce projet rend hommage à deux visionnaires qui, tout en respectant la philosophie du Meurice, se projettent vers l’avenir de la plus belle des manières. Ces maîtres incontestés dans leur domaine tiennent compte des envies de nos hôtes, jusqu’à leurs rêves les plus fous, pour offrir des expériences uniques. Les goûts varient, les opinions divergent, l’appréciation du beau est subjective, mais tout au Meurice a été pensé pour offrir l’harmonie la plus juste, avec la volonté de ravir tous ceux qui passent la porte tambour le temps de quelques heures ou de plusieurs jours: un subtil mélange des genres conçu pour embrasser l’universel.

L’ensemble résonne tout en équilibre : l’accueil crée un confort qui tend au sur-mesure, le luxe côtoie la poésie des œuvres d’art et le service s’affranchit des codes du Palace.

Notre devise est simple: s’ouvrir au monde avant d’ouvrir ses portes, aux clients venus du monde entier comme à nos voisins. Cette mixité nous a donné l’envie d’oser la différence pour donner un sens à ce que l’on entend par «luxe». »

Franka Holtmann photo : Jean Daniel Lorieux
Franka Holtmann (photo : Jean Daniel Lorieux)

À l’Hôtel Le Meurice, le génie des lieux entretient un rapport si étroit avec la création française qu’il en est devenu une émanation vivante. Depuis 1835, les évolutions successives de l’un rendent compte des changements de l’autre. Au printemps 2016, ce dialogue d’influence se perpétue avec Philippe Starck et Alain Ducasse.

Au décor et en cuisine, les deux maîtres opèrent sur un fil tendu entre les rives de la transmission et de l’étonnement. En toute liberté, leur talent respectif marque de son empreinte l’expérience du Palace.

L’esprit qui règne entre ces murs pourrait en effet s’arroger sans difficulté la phrase de Salvador Dalí, qui fut l’un de ses plus prestigieux clients : « Tout influe sur moi, rien ne me change. » C’est là le charme et la promesse d’une institution.

Neuf ans après avoir repensé les espaces publics de l’Hôtel Le Meurice, Philippe Starck opère en 2016 une relecture sélective des lieux. «Le nouveau projet a pour but d’explorer encore plus profondément, et de toutes les façons, l’univers surréaliste qu’est la vie, la structure et l’âme du Meurice. Si Dieu est dans le détail, le diable du surréalisme aussi. Chaque ombre, repli de ce lieu révèle une surprise fertile pour l’esprit de ses habitants. Le Meurice est un espace mental où tout est poésie, allusion, référence, réflexion et diffraction. Où l’air est en vibration comme une petite musique mystérieuse, envoûtante et amicale. Comme un esprit, le Meurice est unique », raconte le designer.

Jouant sur le rythme, la mélodie et les harmonies de cette musique, il met en valeur sa vivacité, sa dynamique et son unité. Subtile sur les territoires de la réception et du lobby, son intervention est plus marquée à l’endroit des restaurants le Meurice Alain Ducasse et Le Dalí. Elle entre ainsi en cohérence des concepts développés par Alain Ducasse et l’arrivée du chef exécutif Jocelyn Herland. Le renouveau du décor se prolonge également dans l’ouverture du Bar 228 sur la Galerie Pompadour, qui ajoute désormais son territoire à l’expérience de ce mythique lieu de rendez-vous.

Pour le restaurant gastronomique de l’Hôtel Le Meurice, le chef multi-étoilé développe une carte qui exalte sa philosophie de la cuisine. Excellence, élégance, expérience en sont les maîtres mots.

Le cuisinier est un passeur qui veille à préserver jusqu’à l’assiette la saveur authentique de produits exceptionnels. Chaque plat exprime la vérité du produit autour duquel il est construit. Les carottes jaune, violette et orange, l’artichaut et la betterave de Chioggia qui composent la Cocotte de légumes proviennent de Créance, en Normandie, où ils ont été cultivés dans le strict respect des règles de l’agriculture biologique. Le caviar qui accompagne la bonite est du schrenki, produit par les esturgeons du Fleuve Amour, en Chine, dont la belle couleur ambrée séduit l’oeil avant que son goût suave et soyeux n’enchante le palais.

Le plaisir du mangeur exige que la technique du cuisinier se fasse oublier. Et pourtant, de la technique, chez Jocelyn Herland et sa brigade, il y en a! Des références classiques à la Haute Cuisine française, par exemple, avec le pâté chaud de pintade, à la fine pâte brisée. Ou encore une complexité savamment maîtrisée avec ce filet de bonite qui est, tour à tour, très légèrement snacké pour lui donner de la tenue, puis fumé au bois de bouleau avant d’être mariné vingt- quatre heures dans un jus aromatisé. Mais le mangeur n’en saura rien: l’élégance impose à la technique de s’effacer avec modestie.

Pour Alain Ducasse, «Un repas réussi est un moment de bonheur inoubliable». Il y faut de ces aspérités dans les goûts qui font de chaque bouchée une expérience mémorable.

La cuisine de l’essentiel défendue par Alain Ducasse vise la vérité du produit et la lisibilité des recettes, et ne s’interdit pas de revisiter librement le répertoire pour traduire l’énergie de l’époque. L’intervention de Philippe Starck la soutient par le choix de nouveaux éléments de décor.

Au faste de la salle inspirée de Versailles, il ajoute des touches modernes qui renforcent sa magie. Sur le mode du double langage, il balaye d’un premier geste la sacralisation qui nuit tant au plaisir. À l’entrée de la salle, le tapis rouge invite à un moment qui, pour être mémorable, se doit d’être joyeux. Il est ainsi marqué d’aphorismes drolatiques tirés du «Code gourmand», écrit en 1828 par Horace Raisson. Ce clin d’œil spirituel rebondit sur la conception de deux paravents disposés aux extrémités de la salle. Décrits comme la préméditation d’un cadavre exquis, ils servent de cadre à des messages, des photos, des croquis, qui sont autant d’éloges au jeu de la conversation et de l’imaginaire.

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Philippe Starck instaure aussi un stimulant dialogue des styles. L’archétypale chaise Louis XV est remplacée par l’iconique modèle Tulip d’Eero Saarinen. La fresque d’inspiration 18e du plafond répond à un important tapis réalisé spécialement pour cet espace. Une vasque en forme de coquille Saint-Jacques accueille une sculpture originale d’Aristide Najean, artiste de Murano, qui capture le mouvement suspendu de l’eau.

Mais le fond de son intervention s’illustre d’une manière presque imperceptible. Elle touche à l’atmosphère de la salle. Le cuivre rosé utilisé pour les pièces de mobilier instaure une atmosphère singulière. Il se déploie selon des lignes claires qui réduisent l’objet à sa fonction. Dernier élément de la scénographie, la lumière et son jeu sur la matière.

Le Bar 228 est un autre lieu emblématique du Meurice. Jouxtant le restaurant Le Dalí, il participe du projet d’embellissement dirigé par Philippe Starck. Là encore, il ne s’agit pas pour le créateur de transformer radicalement, mais plutôt d’amplifier l’expérience de l’endroit. Pour y parvenir, il a travaillé sur l’élément identitaire du comptoir ainsi que sur une extension plus intuitive du bar vers la Galerie Pompadour attenante. Au-delà de la matière, l’esprit surréaliste file toujours le scénario décoratif. Il intervient au renfort d’un tapis d’Ara Starck, à la manière d’une œuvre picturale et d’une galerie de portraits en médaillon de personnalités du 18e siècle, qui s’illustrent sur les dossiers des fauteuils de cuir.

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GALERIE POMPADOUR_28-04-16- photo de pierre monetta-9501 (Copier)L’esprit du classicisme français est ici en sa demeure, et sa demeure a l’espièglerie du temps présent…

Hôtel Le Meurice

228 rue de Rivoli, 75001 Paris Tél. +33 (0)1 44 58 10 10 www.dorchestercollection.com

le Meurice Alain Ducasse

Ouvert du lundi au vendredi
Petit-déjeuner: de 7h00 à 10h30 en semaine de 7h00 à 11h30 le week-end
Déjeuner : de 12h30 à 14h00
Dîner : de 19h30 à 22h00
Réservations: Tél. +33 (0)1 44 58 10 55.  restaurant.lmp@dorchestercollection.com

Le Bar 228

Ouvert tous les jours
de 12h00 à 1h00 du matin Réservations: Tél. +33 (0)1 44 58 10 66 bar228.lmp@dorchestercollection.com

Franka Holtmann, Philippe Starck, Alain Ducasse et Ara Starck ( photo : P Monetta)
Franka Holtmann, Philippe Starck, Alain Ducasse et Ara Starck ( photo : P Monetta)

 

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