C’est une victoire sur le fil du rasoir, mais avec tout le panache d’une nuit germanopratine. Ce mercredi 4 novembre, le 32ᵉ Prix de Flore a couronné Lucie Rico pour son troisième roman, Mais que fait ce sang sur le pull de Jennifer ? (éditions P.O.L). Un sacre obtenu au terme d’une délibération serrée, 7 voix contre 6 pour Iman Ahmed et son Abdallah superstar ( éditions Actes Sud), au cœur du mythique établissement du boulevard Saint-Germain.
Une phrase interrompue, une mémoire qui dérape
Déjà distinguée lors des premières sélections des prix Fémina et Médicis, Lucie Rico confirme avec ce nouvel ouvrage son statut d’autrice incontournable de la rentrée littéraire 2026. Romancière, scénariste et réalisatrice originaire de Perpignan, elle avait déjà marqué les esprits avec Le Chant du poulet sous vide (Prix du Roman d’écologie 2020) et GPS (mention spéciale du Prix Wepler 2022).

Dans Mais que fait ce sang sur le pull de Jennifer ?, une trentenaire à la vie paisible voit ses certitudes voler en éclats lorsqu’une panne de clavier interrompt une phrase au beau milieu d’une référence à Autant en emporte le vent. De cette absence surgit un doute, puis une obsession : que s’est-il passé lors de son enfance à Perpignan ? Pour faire la lumière sur une mystérieuse tache de sang oubliée sur un pull jaune, Jennifer entreprend de reconstruire à l’identique l’appartement de son grand-père. Une quête menée comme un décor de théâtre burlesque où la mémoire se dérobe à mesure que la vérité affleure.

L’impertinence en héritage
Créé en 1994 par Carole Chrétiennot et Frédéric Beigbeder, sous le parrainage initial de Françoise Sagan, le Prix de Flore continue d’incarner une tribune pour la liberté de ton et les voix hors normes. En succédant à des auteurs emblématiques tels que Virginie Despentes, Michel Houellebecq, Amélie Nothomb ou Christine Angot, Lucie Rico s’inscrit dans une tradition de découvertes audacieuses.
Le jury, réunissant Frédéric Beigbeder, Jacques Braunstein, Manuel Carcassonne, Carole Chrétiennot, Michèle Fitoussi, François Reynaert, Jean-Pierre Saccani, Bertrand de Saint-Vincent, Christophe Tison, Philippe Vandel, Jean-René van der Plaetsen et Arnaud Viviant, a profité de l’événement pour adresser une mention amicale à Philippe Jaenada, lauréat du Flore en 1997 et tout juste récompensé par le Prix Goncourt cette année.
Un rite germanopratin immuable
Outre une dotation de 6 150 euros, la lauréate repart avec le privilège historique du lieu : la remise d’un verre d’exception gravé à son nom, lui ouvrant le droit de déguster quotidiennement un verre de Pouilly-fumé au Café de Flore pendant une année entière.






La soirée s’est prolongée dans une atmosphère électrique, animée par un DJ et rythmée par les coupes de la Maison de Champagne Louis Roederer. Son Président-Directeur Général, Frédéric Rouzaud, a tenu à rappeler le sens de ce partenariat historique qui coïncide avec les 250 ans de la Maison :
« Depuis vingt et un ans, nous sommes heureux d’accompagner ce prix auquel nous lie une même conviction : la création se nourrit de liberté, d’audace et de rencontres. »

Une célébration joyeuse de la jeune création littéraire qui donne déjà rendez-vous aux amoureux des lettres pour l’automne prochain !

www.prixflore.fr Le Café de Flore, 172 bd Saint-Germain, Paris 6è. Tél : 01 45 48 55 26. www.cafedeflore.fr
