Fondation Louis Vuitton : Gustave Fayet, le passeur de la modernité sorti de l’ombre

Du 9 octobre 2026 au 8 mars 2027, la Fondation Louis Vuitton consacre une exposition magistrale à Gustave Fayet ( 1865-1925). Collectionneur visionnaire des avant-gardes et créateur prolifique d’arts décoratifs, ce pionnier méconnu du début du XXᵉ siècle retrouve enfin sa place capitale dans l’histoire de l’art moderne.

Il était sans doute l’un des secrets les mieux gardés des avant-gardes artistiques. Un nom resté trop longtemps dans l’ombre, alors même qu’il en façonnait le cours. Dans la lignée de ses grandes rétrospectives dédiées aux géants du collectionnisme, Sergueï Chtchoukine, les frères Morozov ou Samuel Courtauld, la Fondation Louis Vuitton ouvre cet automne le tout premier chapitre français de sa saga. Avec « Gustave Fayet. Collectionneur – Créateur », l’institution parisienne investit l’ensemble de ses espaces pour réparer une injustice historique et ressusciter un univers d’une richesse étourdissante.

Fruit d’une enquête minutieuse menée sur plusieurs années et soutenue par 64 institutions internationales et 71 collections privées, le parcours réunit pas moins de 728 œuvres et documents. Le défi est de taille : pour la première fois depuis un siècle, plus de 250 chefs-d’œuvre d’une collection autrefois dispersée aux quatre coins du globe sont ré-assemblés, dialoguant avec 374 créations personnelles de Fayet, restaurées pour l’occasion.

Un œil absolu : le « musée Gauguin » et l’avant-garde

Portrait de Gustave Fayet 1915. Archives familiales @Musée d’Art Gustave Fayet à Fontfroide

Né à Béziers en 1865 au sein d’une riche famille de viticulteurs languedociens, épris de culture, Gustave Fayet est un homme de passion et de fulgurances. C’est à l’aube du XXème siècle qu’il affirme sa véritable vocation : devenir le dénicheur et le protecteur des artistes les plus radicaux de son temps. Alors que la critique hésite encore, il acquiert massivement les toiles de Vincent Van Gogh, soutient le jeune Pablo Picasso dès 1901 et réunit chez lui, rue de Bellechasse à Paris, près de 200 œuvres de Paul Gauguin. C’est dans ce véritable « musée Gauguin » informel que les futurs grands collectionneurs russes, Chtchoukine et Morozov, viendront découvrir le maître du synthétisme.

Pablo Picasso, Mère et enfant au bord de la mer, 1901. Exposition “Gustave Fayet, Collectionneur – Créateur. Icônes de l’art moderne”, Fondation Louis Vuitton.

Présenté sur trois niveaux, le volet collection de l’exposition offre un rassemblement exceptionnel : 10 tableaux de Van Gogh, 78 œuvres de Gauguin, 86 pièces d’Odilon Redon, ainsi que des toiles majeures de Cézanne, Degas, Matisse, Toulouse-Lautrec ou Bonnard.

Paul Cézanne Les Bégonias, 1879-1980. Exposition “Gustave Fayet, Collectionneur – Créateur. Icônes de l’art moderne”, Fondation Louis Vuitton.
Henri Matisse, Place des Lices, Saint-Tropez , 1904. Exposition “Gustave Fayet, Collectionneur – Créateur. Icônes de l’art moderne”, Fondation Louis Vuitton.
Kees Van Dongen, le Manteau de Manille, 1910. Exposition “Gustave Fayet, Collectionneur – Créateur. Icônes de l’art moderne”, Fondation Louis Vuitton.

Parmi les temps forts, les visiteurs découvrent l’Autoportrait à l’oreille bandée et à la pipe de Van Gogh, masterpiece qui n’avait plus été prêtée pour une exposition depuis 1900 et n’avait pas été vue en France depuis 1937. Il fait face à l’Autoportrait à la palette de Gauguin. Autre événement historique : la réunion inédite en sol français des trois toiles emblématiques de Gauguin, Le Christ jaune, Le Portrait de l’artiste au Christ jaune et Le Calvaire breton.

Vincent Van Gogh, Autoportrait à l’oreille bandée et à la pipe , janvier 1889. Exposition “Gustave Fayet, Collectionneur – Créateur. Icônes de l’art moderne”, Fondation Louis Vuitton.
Vue d’installation de l’exposition “Gustave Fayet, Collectionneur – Créateur. Icônes de l’art moderne”, galerie 4. A l’image, de gauche à droite: Paul Gauguin Portrait de l’artiste au Christ jaune, Le Christ jaune et Le Calvaire breton (Le Christ vert) © Fondation Louis Vuitton / Marc Domage

L’exposition dévoile également pour la toute première fois au grand public le chef-d’œuvre symboliste d’Odilon Redon : Le Jour, La Nuit et Le Silence, un grand décor réalisé pour la bibliothèque de l’abbaye cistercienne de Fontfroide,  près de Narbonne, rachetée et sauvée de la ruine par Fayet en 1908 pour en faire une « œuvre d’art totale ».

Vue d’installation de l’exposition Gustave Fayet, Collectionneur – Créateur. Icônes de l’art moderne, galerie 5. Odilon Redon, Le Jour, 1910-1911. © Fondation Louis Vuitton / Marc Domage

De la toile au tapis : la fusion des arts

Au dernier étage de la Fondation, la rétrospective révèle la seconde vie de cet homme d’affaires-artiste. Car pour Fayet, collectionner et créer procèdent du même élan. Peintre, céramiste associé à Louis Paul à Béziers dès 1896, il se métamorphose vers 1912 en expérimentant l’aquarelle sur papier buvard. De la tache fortuite, il fait surgir des « jardins de la fantaisie » aux frontières de l’abstraction.

Vue d’installation de l’exposition Gustave Fayet, Collectionneur – Créateur. Icônes de l’art moderne, galerie 9. Gustave Fayet, Louis Paul, Ensemble de vases, 1896-1904. © Fondation Louis Vuitton / Marc Domage

Ces motifs végétaux et aquatiques nourriront la création de tapis d’avant-garde au sein de son Atelier de la Dauphine, fondé à Paris en 1920. Libérés de la symétrie classique, ses tapis-tableaux séduisent immédiatement l’élite de la mode et des arts, de Paul Poiret à Jeanne Lanvin, en passant par Robert de Rothschild et le maharadjah d’Indore. Une sélection de robes d’époque restaurées témoigne de ces collaborations fécondes entre haute couture et arts décoratifs.

Vue d’installation de l’exposition “Gustave Fayet, Collectionneur – Créateur. Icônes de l’art moderne”, galerie 10. Atelier de la Dauphine, Ensemble de cinq tapis dessinés par Gustave Fayet pour l’hôtel particulier de Léon Losseau à Mons, 1922-1925
Atelier de la Dauphine, Douze tapis dessinés par Gustave Fayet, 1920-1925 © Fondation Louis Vuitton / Marc Domage

Un voyage immersif spectaculaire mis en scène par Robert Carsen

Pour redonner vie à ce personnage haut en couleur, qualifié par son ami l’écrivain André Suarès d’homme qui « a tout fait avec art », la Fondation a confié la scénographie au metteur en scène Robert Carsen. Par un jeu d’atmosphères subtiles et théâtrales, le parcours restitue l’esprit des demeures de Fayet, entre Paris et le Midi. Le commissariat général est assuré avec rigueur par Sylvie Patry pour la collection et Angeline Scherf pour l’œuvre plastique.

Vue d’installation de l’exposition “Gustave Fayet, Collectionneur – Créateur. Icônes de l’art moderne”, galerie 11. © Fondation Louis Vuitton / Marc Domage

Un vaste dispositif éditorial complète l’événement, avec la publication de deux beaux-livres coédités avec Gallimard, la mise en ligne d’une base de données répertoriant plus de 740 œuvres de la collection, ainsi que la diffusion d’un documentaire inédit coproduit par ARTE France . Une occasion unique de découvrir enfin le visage de celui qui fut, selon les mots de Bernard Arnault, « l’un des secrets les mieux gardés de l’histoire de l’art moderne ».

Exposition : Gustave Fayet. Collectionneur – Créateur.  Du 9 octobre 2026 au 8 mars 2027 à la Fondation Louis Vuitton, 8 avenue du Mahatma Gandhi, Paris 16è. Horaires : 11h–20h (lun, mer, jeu) | 11h–21h (ven, nocturne jusqu’à 23h le 1er ven. du mois) | 10h–20h (sam, dim) | Fermé le mardi.  Réservation : Billet horodaté obligatoire sur fondationlouisvuitton.fr

Deux catalogues de référence : Coédités avec Gallimard, le premier tome est consacré à la collection (dirigé par Sylvie Patry, 464 pages, 49,90 €) et le second à l’œuvre plastique (dirigé par Angeline Scherf, 176 pages, 35 €) Documentaire ARTE co-écrit par Christian Dumais-Lvowski et réalisé par Nadège de Peganow, « Une vie pour l’art. Gustave Fayet, artiste et collectionneur de la modernité » (52 min). Dimanche 18 octobre 2026 à 17h45 ( et dispo sur arte.tv).

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