Le héros d’Alexandre Dumas n’a jamais été aussi actuel. Après le triomphe au cinéma et à la télévision, l’épopée d’Edmond Dantès s’empare de la scène des Folies Bergère jusqu’au 19 avril. Entre modernité pop-rock et souffle romanesque, ” Monte-Cristo, le spectacle musical “, redonne vie au plus célèbre des vengeurs.
Le milieu du XIXe siècle n’a jamais semblé aussi proche. En 2024, le film porté par Pierre Niney a fait chavirer 9,4 millions de spectateurs ; en décembre dernier, la série de France 2 captivait encore les foules, tandis qu’Audrey Fleurot s’apprête à redonner vie à Mercédès pour TF1. Le mythe de Monte-Cristo est partout. Pourtant, c’est sur les planches que le destin d’Edmond Dantès trouve aujourd’hui sa dimension la plus charnelle. Dans l’écrin mythique des Folies Bergère, l’histoire ne se regarde plus : elle se vit.
Une mise en scène cinématographique
L’intrigue, tout le monde la connaît : arrêté pour un crime qu’il n’a pas commis le jour de son mariage, Edmond Dantès endure quatorze ans d’enfer au Château d’If. De son évasion naîtra une détermination sans faille et une fortune colossale, outils d’une vengeance méthodique contre ceux qui l’ont brisé.

Pour servir ce récit monumental, la mise en scène d’Alexandre Faitrouni parie sur un rythme nerveux, presque haletant. Point de décors statiques : la scénographie repose sur des panneaux mobiles de sept mètres de haut et des projections monumentales de haute précision. En un clin d’œil, le spectateur est transporté des embruns des calanques marseillaises aux cellules suintantes du Château d’If, pour finir dans le luxe tapageur des hôtels particuliers parisiens. Ce dispositif ingénieux, où la lumière ciselée découpe l’espace, offre au spectacle une fluidité digne d’un montage de cinéma.
L’énergie Kyo : Une partition électrique
L’un des paris les plus audacieux de cette création réside dans sa signature sonore. Confiée à Benoît Poher, leader du groupe Kyo, et à son complice Franklin Ferrand, la musique insuffle une modernité vibrante au texte de Dumas. Les chansons, aux accents pop-rock, soutiennent l’élan dramatique et donnent aux scènes collectives un souffle épique, à commencer par l’ouverture maritime vibrante interprétée par les matelots. Le pari est audacieux : faire dialoguer un roman du XIXe siècle avec une écriture musicale actuelle. Le résultat séduit par son efficacité et son intensité.


À la direction musicale, Yoann Launay veille au grain. Ce passionné, passé par l’école exigeante du Music-Hall, apporte sa sensibilité de saxophoniste et de chanteur pour donner du relief à chaque note. Si le spectacle s’appuie sur une bande-son, la qualité des arrangements et le mixage sonore plongent la salle dans une ambiance de concert rock. L’ensemble est magnifié par des chorégraphies solaires qui apportent une vitalité nécessaire, créant un contraste saisissant avec la trajectoire sombre du héros.
Un casting d’une intensité rare
À seulement 29 ans, Stanley Kassa, en Edmond Dantès habité, s’impose comme l’un des visages marquants de la nouvelle génération du théâtre musical. Monte-Cristo marque pour lui un cap important : celui d’un premier grand rôle-titre dans une fresque d’envergure. Après avoir fait ses armes dans Le Roi Lion et Les Misérables, il dégage une puissance dramatique impressionnante. Avec Edmond Dantès, il franchit une nouvelle étape : le personnage exige de passer de l’innocence à la noirceur, de la passion à la froide détermination. Une partition physique et vocale intense qu’il porte avec assurance, notamment quand il entonne l’un des titres phares du spectacle La justice des larmes.


Face à lui, Océane Demontis est une merveilleuse Mercédès, incarnant une fidélité et une dignité blessée qui émeut aux larmes. La complicité entre les deux artistes apporte une profondeur rare à leur amour impossible. Les antagonistes ne sont pas en reste : le trio de “traîtres” formé par Loïc Suberville (Fernand), Maxime de Toledo (Villefort) et Cyril Romoli (Danglars) est d’une efficacité redoutable. Mention spéciale à Tatiana Matre, impériale dans le rôle de Madame Danglars. Saluée par la critique, elle campe une femme prise dans un jeu complexe de manipulations et de passions, apportant une nuance psychologique bienvenue à cette fresque haletante.


Un rendez-vous à ne pas manquer
Fidèle à l’esprit du roman, cette comédie musicale restitue la puissance dramatique de l’histoire d’Edmond Dantès, entre amour perdu et vengeance implacable. On prend plaisir à (re)découvrir l’œuvre de Dumas dans une adaptation maîtrisée, rythmée et remplie d’émotions, qui séduira aussi bien les amateurs de comédies musicales que les passionnés de l’œuvre originale. Spectaculaire sans être emphatique, cette version de Monte-Cristo réussit le tour de force d’être accessible à tous les publics sans jamais trahir l’âme du roman. C’est un voyage émotionnel intense, une ode à la résilience et à l’espoir qui prouve que, même après quatorze ans d’ombre, la lumière finit toujours par percer.

Infos : Monte Folies Bergère, 32 rue Richer, Paris 9e. Jusqu’au 19 avril 2026. Du jeudi au dimanche. 2h30 avec entracte. De 29 € à 89 €. Réservations : www.foliesbergere.com
Tournée : De septembre 2026 à janvier 2027 en France, Suisse et Belgique.
