On croit tout connaître d’elle : le claquement de sa robe blanche sur une bouche de métro, son brushing platine immuable et ce souffle court qui a fait chavirer l’Amérique des années 50.
Pourtant, à l’occasion du centenaire de sa naissance, la Cinémathèque française nous invite à une rencontre inédite. La réstrospective « Marilyn Monroe : 100 ans ! », dont le coup d’envoi vient d’être donné, ne se contente pas de célébrer une star ; elle se donne pour mission de réhabiliter une actrice.
Soixante-quatre ans après sa disparition, le nom de Marilyn Monroe continue de résonner comme un souffle, entre le glamour suranné du Technicolor et le tragique d’un destin brisé à 36 ans.
Le malentendu hollywoodien
Le dossier de presse est clair : Marilyn a été la victime consentante, puis rebelle, d’un système de studios impitoyable. « Je peux être intelligente quand c’est important, mais la plupart des hommes n’aiment pas ça », lançait-elle dans Les hommes préfèrent les blondes. Une réplique qui résume cruellement sa carrière. Entre 1946 et 1962, la Fox l’enferme dans le carcan de la « blonde idiote », un produit de consommation glamour dont chaque mouvement est scruté par les départements de publicité.


Pourtant, sous le vernis du Technicolor, Florence Tissot, commissaire de l’exposition, nous montre une travailleuse acharnée. L’un des enjeux majeurs de ce parcours est de remettre la performance au centre. Monroe n’était pas qu’une poseuse ; elle composait ses rôles, préparait ses gestes et affinait ses expressions. De la sensualité dramatique de Niagara (1953) à la mélancolie profonde des Désaxés (1961), l’exposition dévoile une palette d’émotions bien plus vaste que ce que ses contemporains, de Fritz Lang à Arthur Miller, voulaient bien lui concéder. « Elle ne jouait pas », disait John Huston ; « Elle était elle-même », affirmait Arthur Miller.

Entre fétichisme et féminisme

L’exposition ne contourne pas les paradoxes. On y découvre une Marilyn « capitale », dont les effets personnels s’arrachent aujourd’hui à prix d’or, mais aussi une figure de résistance. En 1954, elle n’hésite pas à braver la Fox pour créer sa propre société de production et partir étudier à l’Actors Studio de New York.

« Marilyn Monroe, c’est pour moi une contradiction fascinante. Une femme que tout le monde croit connaître, alors qu’elle a passé sa vie à essayer d’exister au-delà de son image », confie l’actrice Oulaya Amamra, marraine des « Jeudis Jeunes » de l’événement.
Le parcours interroge également notre propre regard : pourquoi avons-nous eu besoin de la voir comme une enfant naïve ou une figure névrosée ? L’exposition suggère que nos croyances sur la star en disent souvent plus sur nos propres préconceptions que sur la « vraie » femme.
Une immersion pop et contemporaine

Plus qu’une simple rétrospective historique, l’événement s’inscrit dans la culture actuelle. Une installation inspirée de la ballroom culture rappelle comment des icônes comme Madonna ont puisé dans l’aura de Monroe pour forger leur propre puissance. Aujourd’hui encore, de Beyoncé à Margot Robbie, l’ombre de Marilyn plane sur les questionnements contemporains autour de l’hyper sexualisation et du patriarcat au cinéma.
Que vous soyez cinéphile averti ou simple curieux, cette exposition est une invitation à regarder, enfin, Marilyn Monroe dans les yeux. Non plus comme une image de papier glacé, mais comme une artiste souveraine.
Célébrations : La Cinémathèque française transforme cet hommage en un véritable festival

Rétrospective intégrale : Tous les films de Marilyn Monroe seront projetés du 8 avril au 24 mai 2026 (32 longs métrages), permettant de mesurer l’évolution de son jeu, des petits rôles aux chefs-d’œuvre de Wilder ou Cukor.
Nuit des Musées (23 mai) : Une soirée « Poupoupidou » avec performances drags des Screen Queens inspirées par Marilyn et concerts jazz.
Jeudis Jeunes : Accès gratuit pour les moins de 26 ans chaque deuxième jeudi du mois (sur inscription).
Conférences : Des séances spéciales permettront de débattre avec des experts comme Marguerite Chabrol ou Richard Dyer, qui a théorisé l’image de Monroe comme le miroir des contradictions des années 50, entre puritanisme et obsession sexuelle.
Soirées « Jeudis Jeunes » : Des événements thématiques (mode, maquillage des années 50, quiz) réservés aux moins de 26 ans, chaque deuxième jeudi du mois( accès gratuit sur réservation).
Exposition « Marilyn Monroe : 100 ans ! » du 8 avril au 26 juillet 2026 , à La Cinémathèque française, 51 rue de Bercy, Paris 12 è. Tarifs : 14 € (Plein Tarif) / 11 € (18-25 ans).

Catalogue Marilyn Monroe : Un ouvrage richement illustré sous la direction de Florence Tissot (296 pages, 40 €) est disponible aux éditions GrandPalaisRmn. www.cinematheque.fr

