Calder : Voyage en apesanteur au cœur de la Fondation Louis Vuitton

Il y a tout juste un siècle, en 1926, un jeune américain de 28 ans s’installait dans le quartier de Montparnasse. Fils et petit-fils de sculpteurs académiques, Alexander Calder aurait pu se contenter de reproduire le bronze et le marbre. Au lieu de cela, il a apporté avec lui une paire de pinces, des bobines de fil de fer et une formation d’ingénieur.

Calder with Snow Flurry I (1948), Roxbury, 1952. Photograph by Gordon Parks © The Gordon Parks Foundation, Pleasantville. Calder. Rêver en équilibre. Fondation Louis Vuitton.

Pour célébrer ce centenaire, et les cinquante ans de sa disparition, la Fondation Louis Vuitton déploie jusqu’au 6 août 2026 une rétrospective d’une envergure inédite : « Calder. Rêver en équilibre ».  Grâce à un partenariat étroit avec la Calder Foundation et de prêts de collectionneurs du monde entier,  elle regroupe près de 300 oeuvres.  Plus qu’une simple exposition, c’est une prise de possession totale du vaisseau de Frank Gehry par celui que l’on surnommait le « sculpteur de vent ».

La matrice : Du cirque à l’abstraction

Vue de l’installation de l’exposition Calder. Rêver en équilibre. Galerie 2, Cirque Calder. Fondation Louis Vuitton.

Le parcours s’ouvre sur l’événement de ce printemps : le retour exceptionnel à Paris du Cirque Calder (1926-1931). Cette œuvre fondatrice, prêtée par le Whitney Museum of American Art retrouve la ville où elle fut créée. On y découvre l’inventaire d’un monde miniature (clowns, acrobates, lions en fil de fer et tissus) que Calder transportait dans cinq valises pour donner des représentations devant les yeux ébahis de Le Corbusier ou de Fernand Léger.

Vue de l’installation de l’exposition Calder. Rêver en équilibre. Galerie 2, Cirque Calder. Fondation Louis Vuitton
Vue de l’installation de l’exposition Calder. Rêver en équilibre. Galerie 2, Cirque Calder. Fondation Louis Vuitton

Ce n’était pas seulement un spectacle, c’était l’acte de naissance de la performance. C’est ici que Calder comprend que le mouvement est une matière première. Mais le véritable choc survient en 1930, lors d’une visite de l’atelier de Piet Mondrian. Ébloui par la rigueur géométrique et les aplats de couleurs, Calder décide de faire « bouger » Mondrian. L’abstraction cinétique était née.

Une chorégraphie dans l’architecture de Gehry

L’exposition réussit le tour de force d’investir les 11 galeries de la Fondation, un parcours chronologique, créant un dialogue saisissant entre les courbes de verre de Frank Gehry et les lignes aériennes de l’artiste.

Alexandre Calder red maze III, 1954. Calder Foundation, New York © 2026 Calder Foundation, New York / ADAGP, Paris. Exposition Calder. Rêver en équilibre

Les Mobiles : Baptisés par Marcel Duchamp en 1931, ils flottent au gré des courants d’air. Comme l’écrivait Sartre, ils « se nourrissent de l’air et empruntent leur vie à l’atmosphère ».

Vue de l’installation sur les pelouses de Black Flag et Five Swords. Exposition Calder. Rêver en équilibre. Fondation Louis Vuitton.

Les Stabiles : En réponse, Jean Arp nomme les œuvres fixes « stabiles ». À l’extérieur, sur les pelouses, une première pour la Fondation, les colossaux Black Flag et Five Swords démontrent que Calder savait aussi dompter l’acier monumental sans jamais perdre sa poésie.

Dans l’intimité du génie : Bijoux et Constellations

Vue de l’installation de l’exposition Calder. Rêver en équilibre. Galerie 6, Sculptures portables. Fondation Louis Vuitton.

L’un des charmes de cette rétrospective réside dans son exploration des facettes méconnues. La galerie 6 dévoile ses « sculptures portables » : des bijoux en laiton et argent réalisés pour ses proches, de sa femme Louisa à Peggy Guggenheim. Ces pièces, souvent faites de matériaux de récupération, témoignent d’un bricolage génial élevé au rang d’art majeur.

Sculpture portable. exposition Calder. Rêver en équilibre. Galerie 6, Fondation Louis Vuitton

On découvre également les Constellations, réalisées durant la Seconde Guerre mondiale alors que l’aluminium se faisait rare. Ces assemblages de bois sculpté et de fil de fer semblent flotter contre les murs comme des gaz nucléaires cosmiques, transformant l’espace en un environnement onirique.

Une constellation d’amis

Calder n’est pas seul dans cette aventure. Pour marquer ce centenaire, la Fondation a convoqué ses complices de l’avant-garde. Des œuvres de Miró, Picasso, Kandinsky et Barbara Hepworth jalonnent le parcours, rappelant que Calder était le trait d’union entre l’Amérique et l’Europe. Trente-quatre clichés de photographes illustres, de Man Ray à Agnès Varda, immortalisent enfin l’homme : un géant jovial, éternel funambule entre l’art et la vie.

Pourquoi il faut y courir

Parce que l’œuvre de Calder possède cette qualité rare d’être radicalement avant-gardiste tout en restant immédiatement accessible. On en ressort avec le sourire, le regard levé vers le ciel, sensible au moindre frémissement de l’air. C’est une exposition qui ne se contente pas de montrer des objets ; elle donne à voir l’invisible : le mouvement et le temps.

Informations : Exposition Calder Rêver en équilibre à la Fondation Louis Vuitton du 15 avril au 16 août 2026. 8 avenue du Mahatma Gandhi, Bois de Boulogne, 75116 Paris. Tarifs :18 € (plein), 36 € (famille). Fermeture le mardi. Réservations, renseignements  www.fondationlouisvuitton.fr

À noter : Le billet donne également accès au Jardin d’Acclimatation, idéal pour prolonger la balade en plein air.

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