Lors de notre escapade dans le Var, nous avons rencontré l’écrivain Sylvie Bourgeois Harel (dont le douzième livre La voix, paraîtra le 1er juin 2026) à qui nous avons demandé de nous raconter Le Club 55 ainsi que son amitié de plus de quarante ans avec Patrice de Colmont.

« Sur la magnifique plage de cinq kilomètres de sable blanc de Pampelonne, à Ramatuelle, Le Club 55 est en deuil. Patrice de Colmont, le maître des lieux, celui qui a su transformer avec son frère aîné Jean, décédé en mai 2015, le cabanon de leurs parents en un restaurant mondialement connu, est parti le 11 octobre 2025, à l’âge de soixante-dix-sept ans.
Le Club 55 est en deuil, mais Patrice a tout organisé afin qu’il lui survive. Très entourées et secondées, autant en salle qu’en cuisine, par une équipe efficace et solide, sa fille Camille reprend les rênes, sa soeur Véronique continue de s’occuper des réservations et de la caisse, et son épouse Corinne, de la boutique. Quant à son jeune fils, Théo, il poursuit encore ses études. Oui, Patrice a tout prévu afin qu’après son départ, suivant ses souhaits, rien ne change au Club 55. Ainsi, chaque matin, durant la saison estivale, les nappes bleu ciel fleuries recouvrent tendrement les tables, les assiettes au motif de coquillages prennent délicatement place dessus, les immenses voiles sont installées sous les canisses afin de protéger les clients du soleil et la brumisation se met en route pour faire baisser la température.

Alors même si Patrice et son beau sourire ne sont plus là pour accueillir les huit cent à mille personnes qui, chaque jour, étaient ravies de le saluer et de venir déjeuner, Le Club 55 continue sur sa lancée, une lancée faite d’authenticité, une lancée fidèle à son passé, une lancée dans la continuité de la magie qui avait séduit son père, Bernard de Colmont lorsqu’il avait acheté, en 1954, ce bout de terrain au bord de la mer, à deux pas du camping Les Murènes fondé en 1951 par Robert et Raymonde Lebel.
C’est sur ce bout de terrain au bord de la mer où Jean, Patrice et Véronique, ont grandi, que Bernard et Geneviève de Colmont décidèrent d’ouvrir, en 1955, un snack tout simple sur la plage pour recevoir leur amis et les amis de leur amis, d’où le nom de Club, et 55 pour l’année de la création de ce qui allait devenir pendant quelques jours, au printemps 1956, la cantine de tournage du film Et Dieu.. créa la femme, de Roger Vadim lorsqu’il vint filmer à Pampelonne la fameuse scène d’amour entre sa jeune épouse, Brigitte Bardot, et le beau Christian Marquand.

Conquis par le charme de ce petit restaurant tout ce petit monde du cinéma est revenu durant l’été emmenant avec eux leurs amis ainsi que les amis de leurs amis. Le Club 55, plutôt confidentiel à sa création l’année précédente, devint vite le rendez-vous obligatoire d’une clientèle amusante, gaie, festive et souvent composée d’artistes déjà connus.
Je suis sûre d’ailleurs que ce sont tous ces souvenirs joyeux d’un passé où Pampelonne n’était appréciée que de quelques initiés avides de rires et de liberté, qui émanent encore aujourd’hui du Club 55 dès que vous avez confié votre véhicule aux voituriers, et que vous franchissez le minuscule passage qui borde la maisonnette des parents Colmont. Comme par magie, le temps, soudain, s’arrête, et vous pénétrez alors dans un paradis, un lieu rare, incomparable, inoubliable avec, au loin, la mer qui se dessine parmi les tamaris centenaires entourant le restaurant pour le protéger des regards indiscrets.

Ici, rien de tape-à-l’oeil. Rien de bling-bling. Rien d’ostentatoire. Que du beau. Que du bleu. Que du blanc. Que du bois. Que des fleurs. Que de l’ancien. Que des objets qui ont vécu. Qui se souviennent de ce temps magique où la plage était encore déserte et peu fréquentée. Oui, c’est exactement cela lorsque l’on pénètre au Club 55, on se sent privilégiés. C’est d’ailleurs cette ambiance extraordinaire et inimitable faite de privilèges et de simplicité qui a autant séduit les Leonardo DiCaprio, Elton John, Bono, Joan Collins et autres personnalités qui arrivent par la mer depuis leurs yachts en se faisant paparazziés sur le célèbre ponton par les photographes-people planqués aux alentours car, bien sûr, ils n’ont pas le droit d’entrer dans le restaurant.

C’est toute cette simplicité qui rappelle la douceur des repas familiaux que l’on retrouve dans les plats préparés à partir des recettes de la grand-mère provençale de l’ancien chef Laurent Bertolotto : le feuilleté de Ramatuelle, les canapés de poutargue, la salade de petit épeautre, de lentilles et de pois chiches… Une simplicité aussi dans les entrées, en effet, rares sont les restaurants de cette catégorie où l’on propose une botte de radis-saucisson, des carottes râpées, un épi de maïs, un panier de crudités ou un artichaut vinaigrette…


Une simplicité également dans les plats, les poissons sauvages et les viandes sont grillés. Les sauces toujours présentées à part. En effet, au Club, le grand luxe est dans la qualité exigeante de chaque produit : les fruits, les légumes et les céréales anciennes sont cultivés en agriculture biologiques dans les potagers du Club : la ferme des Bouis, le Domaine de la Mole et le domaine Piegros, de même que le vin et l’huile d’olive servis à table. Les viandes et les poulets proviennent de producteurs soigneusement identifiés, les poissons, en partie de la pêche locale. Et pour conserver une atmosphère conviviale et accessible, une entrée et un plat du jour sont présents au menu, ce qu’adorent les habitués qui réservent longtemps à l’avance le vendredi pour l’aïoli, ou le dimanche pour la paëlla. Et parmi les délicieux desserts comme le gâteau au chocolat fondant ou la généreuse tarte aux fruits rouges, bien entendu, la tarte tropézienne de la boulangerie Les deux frères à Saint-Tropez est au menu.
Le Club 55, c’est aussi la journée à la plage, l’eau transparente, les matelas bleu délavés posés à même le sable, les paillotes, les parasols beige, le shopping à la boutique, les déjeuners plus légers ou les goûters au snack construit en bois flotté, le spectacle des yachts dans la baie, les grandes nages dans une Méditerranée chaude et accueillante, les amis et les amis de nos amis que l’on retrouve chaque année, mais aussi les nouvelles rencontres, car heureux de faire partie du même Club, chacun se salue, chacun se dit bonjour, chacun est content d’être là, ce qui rend l’ambiance unique dans ce mélange enthousiasmant de confiance et de gaieté.

Unique aussi la journée de la Club 55 Cup, le jeudi durant Les Voiles de Saint-Tropez, qui se déroulent cette année du 26 septembre au 4 octobre 2026, au cours de laquelle deux vieux-gréements se défient avant de se retrouver au Club lors d’un déjeuner réunissant pratiquement tous les équipages des régates. Patrice a initié la Club 55 Cup en souvenir de la course de La Nioulargue qu’il avait créée suite à un pari en 1981 entre deux de ses clients à savoir lequel de leurs voiliers serait le plus rapide.
Voilà, pour résumer Le Club 55 que j’ai connu en 1984 et que je n’ai jamais cessé de fréquenter, je dirais que Le Club est mille fois plus qu’un restaurant, c’est avant tout une histoire d’amitié et de complicité. Alors pour mon ami Patrice parti trop tôt, je souhaite de tout mon coeur que cette histoire d’amitié et de complicité dans ce lieu d’exception si chargé de rires, d’anecdotes, de tendresse, de souvenirs, perdure pour l’éternité afin que les enfants de mes amis et les enfants des amis de mes amis prennent autant de plaisir à le fréquenter que j’en ai eu. »
Sylvie Bourgeois Harel
Écrivain. Mon douzième livre La voix sort le 1er juin 2026. Voici un lien vers mon blog pour en lire un extrait : https://www.sylviebourgeois.com/2025/10/la-voix.recit-de-sylvie-bourgeois-harel.recit.html
Patrice de Colmont, via Le Club 55, la ferme des Bouis et le château de La Mole était le partenaire historique de ma chaîne YouTube Marcelline l’aubergine, partageant tous les deux le même amour de la nature. https://youtu.be/-FtxDEUx6hs
Patrice de Colmont explique à Marcelline sa philosophie et son éthique de restaurateur : https://youtu.be/0_qYIwNF6JM
Infos : Le Club 55, 43 Bd Patch, 83350 Ramatuelle. Tél : + 33 (0)4 94 55 55 55. Déjeuner au restaurant de midi 15 à 16 h en haute saison. Plage 9 h à 18 h. Bar et snack, 9 h à 20h. Plage ouverte de 9 h à 18 h. Ouvert jusqu’au 1er novembre 2026. www.club55.fr
