Il y a des créateurs qui voyagent en touristes, pillant les cultures pour alimenter une collection saisonnière. Et puis il y avait Azzedine Alaïa. Pour le couturier franco-tunisien, l’Afrique n’a jamais été un simple thème de défilé, mais une boussole esthétique, un retour aux sources permanent. À partir du mardi 7 juillet 2026, la Fondation Azzedine Alaïa lève le voile sur une exposition majeure : « Azzedine Alaïa et l’Afrique ». Une plongée charnelle et technique dans le vestiaire d’un homme qui a sculpté la mode française sans jamais oublier la lumière de Tunis.

Le blanc de la nostalgie, le noir des masques
Le parcours commence comme un souvenir d’enfance. On y découvre comment Alaïa a transposé l’architecture de sa Tunisie natale dans le textile. Le moucharabieh, cette cloison ajourée maghrébine qui protège les regards, devient sous ses ciseaux une seconde peau. En travaillant un coton blanc ultra-optique, qui rappelle les murs de chaux de Tunis, le couturier joue avec le cache-cache des corps. Les jupes et les chemises s’ajourent, révélant la silhouette avec une sensualité pudique.


Mais le voyage ne s’arrête pas aux portes du Maghreb. Alaïa convoque toute la puissance du continent noir. À l’opposé de ses blancs solaires, l’exposition met en majesté ses collections de 1983 et 1984, où le noir se décline dans toutes ses nuances, de l’encre chaude au sombre le plus mat. En s’inspirant de l’économie stylistique des masques de cuir et de bois brûlé, Alaïa dépouille le vêtement de tout artifice pour n’en garder que l’allure, souveraine et théâtrale.
Des momies d’Égypte aux guerriers Massaï
Le clou du spectacle réside sans doute dans la démonstration de sa virtuosité technique. Fasciné par l’Égypte antique et l’art secret du bandage des momies, Alaïa a réinventé l’art de la coupe. C’est de cette étude iconographique que naissent, en 1985, ses mythiques « robes bandelettes », de véritables prouesses d’ingénierie textile devenues les pièces les plus emblématiques de sa maison.

Plus loin, la scénographie nous emmène dans les territoires subsahariens. Les matières s’ensauvagent : le raphia et la ficelle se mêlent aux broderies minutieuses de coquillages et de cauris (collections printemps-été 1988, 1989 et 1990).


L’exposition s’achève sur une note plus intime : le voyage au Kenya en 1996. Parti en pays Massaï avec son ami le photographe Peter Beard, Alaïa en reviendra bouleversé. Une série de clichés inédits témoigne de ce choc esthétique et humain, qui continuera de nourrir ses créations bien des années plus tard.


Un pèlerinage au 18, rue de la Verrerie
Visiter cette exposition, c’est aussi pénétrer dans le saint des saints. C’est ici même, dans ce complexe du Marais, qu’Azzedine Alaïa a vécu, collectionné et travaillé pendant cinquante ans. Grâce au travail de la Fondation, voulue par le couturier de son vivant et portée par Christoph von Weyhe et Carla Sozzani, le lieu conserve toute son âme.
Après avoir admiré les robes, on ne saurait trop vous conseiller de flâner dans la librairie attenante ou de vous installer dans la cour arborée du café-restaurant pour digérer cette superbe leçon de mode et d’histoire.
En pratique : Exposition Azzedine Alaïa et l’Afrique à la Fondation Azzedine Alaïa, du 7 juillet 2026 au 4 janvier 2027, tous les jours de 11h à 19h. 18 rue de la Verrerie, Paris 4e. Entrée : 10 € / Tarif réduit : 3 €. www.fondationazzedinealaia.org
